PostHeaderIcon Potrait du Père Emmanuel Vossah

Du haut de ses 1,88 m de taille appuyée par sa forte corpulence, le père Emmanuel Vossah se fait remarquer, même de loin. « Comment un chêne aussi robuste et puissant peut-il s’éteindre si brusquement ? », s’est interrogé un fidèle chrétien du Pithiverais (France), en apprenant la nouvelle du décès du père. Dès qu’il ouvre la bouche pour prendre la parole, on peut l’identifier avec certitude sans même le voir. Par le timbre de sa voix, il s’impose en autorité. Non une autorité de domination, mais une autorité pastorale et de service. Ce que sa sœur Isabelle atteste bien en affirmant : « Le père n’hésite pas à faire des remontrances, des reproches et très vivement. Mais il ne manque pas non plus de consoler ensuite pour remettre en confiance. » Isabelle se souvient encore et confie : « Même grand séminariste, Emmanuel prend plaisir parfois pendant les congés et vacances, de retour de la messe matinale, à s’arrêter et partager quelques minutes avec des enfants jouant aux constructeurs ou aux cuisinières dans le sable. » Son sourire, sa sérénité et son amabilité ont vite fait de le faire baptisé « Fo Yema », un affectueux contracté en vernaculaire de « Frère Emmanuel ».

Front haut, allure martiale, la souplesse de ses jarrets se fait vraiment sentir quand il se poste à l’arrière de son équipe de foot. Il fallait le voir, lors des séances entraînement ou de matches interclasses aux Séminaires (petit comme grand). Je le revois encore dans les championnats universitaires de Lomé des années 95 et 96 ; et je n’oublie pas le tournois de la « Coupe Daniel Comboni » en 1997. Si sa corpulence n’effraie ni ne déstabilise l’adversaire, sa vélocité manque rarement d’empêcher celui-ci d’atteindre son but. Apparemment infatigable, « Emmanuel Vossah » rime avec « endurance et persévérance ». Je me souviens aussi de ce match où, même blessé, il a été aligné, juste pour intimider l’attaque adverse. Défenseur intrépide donc, il est, « avec un sens très poussé du fair-play », comme le note bien Octave Vossah, son cousin. Même prêtre, Fo Yema n’a pas arrêté de jouer. Il fait parti de l’équipe des prêtres du diocèse d’Aného. Il a aussi souvent joué avec le « Gaillards Club » de Vogan. Malheureusement, depuis un certain moment, il ne dispose plus de temps pour le sport, tant les charges pastorales se sont multipliées. Même l’Assistant médical n’a pas manqué de lui reprocher cette carence d’activités physiques et sportives la veille-même de sa mort. Et pourtant, c’est depuis son jeune-âge qu’il s’est intéressé au Football et il fut une figure de proue de l’« Etoile du lac », l’équipe de foot de Togoville d’antan.

C’est dans ce village (Togoville) que le père Emmanuel Vossah est né le 26 mars 1968, deuxième des cinq enfants du couple Célestine et Jean-Pierre Vossah. Précédé de 6 ans par Jean-Paul Azanlesséssi, il sera suivi d’Isabelle Amélé, de Ami, rappelée par le Seigneur déjà dans la 1ère année de sa naissance. Leur benjamin, Stéphane est aujourd’hui dans sa 30ème année. Et sa veuve mère, naturellement, digère difficilement cette disparition de son fils-prêtre.

Le père est bien connu à Togoville « qui s’est mobilisé tout ensemble lors de son ordination et sa messe de prémices, qui auraient fait penser à un pèlerinage diocésain au pied de Notre Dame du Lac-Togo », ainsi que le note Octave. Sa scolarité primaire, il la fait à l’école catholique de la localité. Après le Certificat d’Etudes du Premier Degré (CEPD) en 1982, il entre au Petit Séminaire Saint Pie X d’Agoè-Nyivé pour les études secondaires. Admis au Bac II en juin 1990, il poursuit sa formation en Philosophie puis en Théologie au Grand Séminaire Interdiocésain Jean-Paul II de Lomé. Le 02 février 1995, il fait le Rite d’Admission et de Prise de Soutane. Ce fut dans une célébration présidée par son Excellence Mgr Hounnaké de vénéré mémoire, 1er évêque du diocèse d’Aného. Le 29 décembre 1996, il fait l’Acolytat à la paroisse Notre Dame Immaculée de la Médaille Miraculeuse d’Ahépé. Son ordination diaconale a eu lieu le 17 août 1997 à la paroisse Saint Esprit de Tabligbo. Et, le 29 août 1998, il est ordonné prêtre à la cathédrale des Saints Apôtres Pierre et Paul d’Aného, par Mgr Dossavi, aussi de vénéré mémoire.

Avec l’ordination, son ministère sacerdotal commence sur la paroisse Sacré-Cœur d’Adjido où il fut vicaire du père Isaac-Jogues, en ce temps-là curé. On peut vite faire le lien pour comprendre comment ce ministère se conclut avec son statut de Vicaire Général du même Isaac-Jogues, maintenant évêque du diocèse d’Aného. Sa forte corpulence semble lui assurer aussi une certaine force psychologique. Son dynamisme et son dévouement sont remarquables durant tout son presbytérat. C’est ce qui, sans doute, lui a valu sa constante présence aux côtés du mouvement de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) dont il est devenu aussi l’Aumônier national au Togo, depuis juillet 2008[1]. Toujours serein, il fait preuve d’une force d’âme qui inspire confiance aux jeunes au point que, même hors du diocèse, nombres d’entre eux ont conservé leurs contacts avec lui. Pas plus que le 05 janvier, dix jours donc avant sa mort, il a reçu un groupe d’anciens jécistes au Séminaire à Vogan, lequel groupe l’aurait aidé tout récemment à compléter les nacos qui manquent à certaines fenêtres de la maison.

Le père aime bien son ministère au point d’en venir à s’oublier lui-même au profit de l’engagement pastoral. C’est d’ailleurs ce qu’il a bien signifié en écrivant dans un de ses commentaires sur le ‘Notre Père’ : «Dans nos prières, nous devons donner la priorité aux choses de Dieu avant les nôtres. » Et cette conviction, il souhaite voir tous ses confrères se l’approprier : « Nous sommes invités à éveiller en nous la conscience d’être des envoyés pour faire connaître le Christ et la Vérité de son Evangile par l’annonce et le témoignage de vie. » Ainsi, s’exprimait-il dans sa monition d’ouverture de la messe du Jubilé d’argent de vie religieuse de la Sœur Marie Ayabavi Agbokanli, des Missionnaires de l’Immaculée Conception, le 20 octobre 2013. Fo Yema a vraiment en lui ce sens de la mission et il le vivait, je suis tenté de dire, un peu trop. Dans l’une de ses dernières visites à sa famille, il a pris soins de planifier la préparation de son cousin Octave pour le mariage. Il n’a pas manqué d’y insister aussi pour sa sœur Isabelle. Voilà l’une des raisons qui augmente le chagrin des deux à l’occasion du décès de leur cousin et frère.

Revenant au parcours ministériel du père Emmanuel, nous noterons que de la paroisse d’Adjido, il passera à Anfoin comme administrateur en 2001. L’année suivante, il partira pour des études à l’Institut Catholique de Paris en France. Accueilli par le diocèse d’Orléans, il conjugue ses études avec l’insertion pastorale dans le doyenné de Pithiviers. Revenu au pays en février 2008, nanti d’un Master en Sciences de l’Education, il passe quelques mois comme curé de la paroisse des Saints Martyrs de l’Ouganda à Kpémé avant d’ouvrir en octobre de la même année, le Moyen Séminaire Saint Daniel Comboni à Vogan en tant que Recteur. Le père Vossah a assumé aussi d’autres responsabilités diocésaines avant de devenir Vicaire Général depuis les dernières nominations (juillet 2013). C’est cette charge qu’il portera avec le rectorat du Moyen Séminaire jusqu’à sa mort survenue dans cette matinée du 15 janvier 2014, après plus de 15 ans de vie sacerdotale.

Qu’il repose désormais en paix auprès du Seigneur en attendant la joie des Noces éternelles !

P. Simon-Pierre S. SILIADIN

 

 



[1] Cf Décret N°138/08/XIX-A6 du 04 juillet 2008 de Mgr Nicodème A Barrigah-Bénissan, Evêque d’Atakpamé, Président de la Commission Episcopale Chargée des Laïcs.

 

 
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